Messages les plus consultés

lundi 20 août 2012

L’air européen toujours plombé par la pollution



     

Le 31 juillet 2012 par Stéphanie Senet


Les émissions de métaux lourds ont augmenté en 2010
Les émissions de métaux lourds ont augmenté en 2010
L’Agence européenne de l’environnement (AEE) a publié, le 30 juillet, son dernier rapport annuel sur les émissions de polluants dans l’air en 2010. Bilan: 11 pays de l’Union européenne dépassent les 4 plafonds fixés par la convention LRTAP (long-range transboundary air pollution).
Comme chaque année, l’AEE s’est pliée à l’exercice de collecte et de synthèse des données transmises par les 27 Etats membres de l’UE, dans le cadre de la convention LRTAP qu’elle a ratifiée en 1982 (1). Avec ces nouveaux chiffres 2010, elle peut ainsi analyser 20 ans d’émissions de polluants dans l’air en Europe.
Sur les 11 pays les plus émetteurs, le rapport épingle particulièrement le Danemark et l’Espagne, qui dépassent trois plafonds concernant les oxydes d’azote (NOX), les composés organiques volatils non méthaniques (COVNM) et l’ammoniac (NH3).
L’Allemagne n’est pas en reste avec un dépassement pour les NOX et les COVNM, tandis que les seuils prévus pour les oxydes d’azote sont dépassés en Autriche, Belgique, France, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas et Suède. La Finlande est quant à elle sortie des clous pour les émissions d’ammoniac.
En 20 ans, l’AEE relève que les oxydes de soufre (SOX) ont connu la plus forte régression (-82%), notamment grâce aux directives européennes limitant les émissions de soufre de certains combustibles liquides. Ces gaz, émis lors de la combustion de composants soufrés, provoquent en effet des dommages sur les écosystèmes aquatiques et les forêts.
Le monoxyde de carbone (CO), produit par la combustion de carburant, a été réduit de 62%, et les COVNM –issus du transport routier, de l’application de peinture et du nettoyage à sec- de plus de moitié (-56%).
Les oxydes d’azote (NOX), surtout émis par le transport routier et les activités industrielles, ont connu une baisse plus faible (-47%), notamment grâce à l’introduction du pot catalytique et des normes imposées à l’industrie.
Les émissions d’ammoniac (NH3), pour la plupart issues du secteur agricole, ont quant à elles baissé de 28% -essentiellement dans les années 1990- grâce à une meilleure gestion des engrais. Elles contribuent pourtant encore à l’eutrophisation et l’acidification des milieux aquatiques.
A côté de ces tendances à la baisse, l’AEE s’inquiète de la hausse, en 2010 par rapport à l’année précédente, des émissions de plusieurs métaux lourds et de polluants organiques persistants. Il s’agit principalement du plomb (+9,1%), du cadmium (+7,5%), de l’arsenic (+4,9%) et du chrome (+12,6%), liés aux secteurs industriels consommant des métaux.
(1) La convention LRTAP fixe des plafonds d’émission pour 2010 en ce qui concerne les NOX, les COVNM, les SOX et le NH3.Certains d’entre eux sont plus exigeants que les normes de la directive NEC sur les plafonds d’émission nationaux

Synthèse des principaux évènements ayant défrayé la chronique environnementale de la première quinzaine du mois d’août.



     

Si vous avez manqué le début

Le 20 août 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
L'océan est en meilleure santé en bordure des pays riches.
L'océan est en meilleure santé en bordure des pays riches.
Après deux semaines d’absence, le Journal de l’environnement vous propose une synthèse des principaux événements ayant défrayé la chronique environnementale de la première quinzaine du mois d’août.
Les étudiants en journalisme le savent bien. Le mois d’août peut être leur chance. C’est souvent au moment où les rédactions sont désertées qu’un événement majeur se produit, incitant les rédacteurs en chef à envoyer sur place le «stagiaire» pour couvrir l’événement.
Dans les nombreux domaines qui constituent l’environnement, pareil momentum ne s’est pas produit au cours de ces deux dernières semaines. Mais nombre de nouvelles méritent toutefois d’être sorties des oubliettes médiatiques.
Sujet qui sera régulièrement évoqué lors du prochain débat sur la transition énergétique, le nucléaire a, une fois encore, fait couler beaucoup d’encre. Le 9 août, le site Scientific Reports a publié une étude dont les résultats font froid dans le dos. Dans cet article, 4 chercheurs japonais de l’université des Ryukyus montrent que le zizeeria maha, un papillon bleu, commun dans l’archipel nippon, a subi des mutations depuis l’accident du 11 mars 2011.
Pour tirer cette conclusion, les chercheurs ont capturé des lépidoptères dans une dizaine de villes dans le courant du mois de mai 2011. Or, plus les sols étaient contaminés par les retombées de la centrale accidentée, plus le nombre de malformations (sur les antennes, les ailes et les yeux) était élevé. Au total, 12,4% des insectes prélevés sur le terrain présentaient semblables aberrations.
Ces papillons ont été relâchés dans des vivariums, où les scientifiques ont pu les suivre, ainsi que leur progéniture. Or, quelle n’a pas été leur surprise de constater que le taux de malformation s’est accru à chaque génération: 18,3% pour la première et plus de 33% pour la seconde.
Six mois après la catastrophe, les scientifiques sont repartis sur le terrain. Dans leurs filets: 238 petits papillons bleus, dont le tiers des individus présentaient des malformations. Quelques semaines plus tard, ces mutations étaient visibles sur plus d’un de leurs descendants sur deux (52%).Conclusion: plus l’exposition des insectes aux radiations a été longue, plus les malformations sont importantes, y compris dans les générations suivantes.
Aussi inquiétants soient-ils, ces résultats ne doivent pas surprendre. En 2010, Anders Pape Moller (université Pierre et Marie Curie de Paris) et Timothy Mousseau (université de Caroline du Sud) avaient publié une étude [JDLE] montrant les effets néfastes des retombées de Tchernobyl pour la faune locale, insectes compris.
Nucléaire encore, avec la découverte, fin juillet de «très nombreuses indications qui pourraient s'assimiler à de potentielles fissures» sur la troisième tranche de la centrale nucléaire belge de Doel. Comme l’indique l’agence belge de contrôle nucléaire (AFCN), c’est l’examen de la cuve du réacteur par des capteurs ultrasoniques qui a permis de mettre enfin à jour ces quelque 8.000 pré-fissures. Fort heureusement, le réacteur était à l’arrêt et son combustible déchargé, réduisant les risques d’accident. S’il s’avère pour le moment sans effet, l’incident inquiète plusieurs exploitants de centrales nucléaires. Le constructeur de la cuve, Rotterdamsche Droogdok Maatschappij (RDM, entreprise néerlandaise aujourd’hui disparue) a forgé 21 cuves du même type que celle de Doel 3, dont deux en Espagne, une en Suède, une aux Pays-Bas, une en Suisse, et cinq en Allemagne. En Belgique, Electrabel (groupe GDF Suez) dispose d’un délai courant jusqu’au 30 septembre pour prouver à l’AFCN que son réacteur peut redémarrer sans danger. Ce qui n’est pas gagné d’avance. Les cuves des 6 autres réacteurs du parc belge feront l’objet d’un examen ultrasonique pour vérifier la présence «d’indications de défaut».
Même si aucune cuve de réacteurs exploités par EDF n’a été fabriquée par RDM, la France n’est pas à l’abri d’une pareille mésaventure. Dans une note datée du 5 novembre 2010, l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) rappelle que «33 défauts sous revêtement ont été observés sur 9 cuves, dont 20 sur la cuve du réacteur n°1 de Tricastin». Fort heureusement, s’empresse de préciser le gendarme de l’atome français: «Les défauts présents sur les cuves françaises sont contrôlés régulièrement pour s'assurer de leur absence d'évolution en fonctionnement, ce qui est le cas actuellement».
Une bonne nouvelle pour changer: les émissions de CO2 américaines des 4 premiers mois de 2012 sont les plus faibles comptabilisées depuis 20 ans (1,3 milliard de tonnes). Révélé par l’agence de statistique du département à l’énergie US (EIA), ce mini-scoop s’explique par le ralentissement de l’activité économique, le développement des énergies renouvelables et surtout par l’utilisation croissante du gaz naturel pour produire de l’électricité. Ce combustible fossile prenant petit à petit le pas sur le charbon, lequel émet près de deux fois plus de CO2 par volume d’électricité produit. Au total, estime l’EIA, les Etats-Unis pourraient n’émettre que 5,2 milliards de tonnes de gaz carbonique cette année, contre plus de 9 milliards pour la Chine.
Cette bonne performance américaine ne change malheureusement rien aux effets des changements climatiques. Au Groenland, a révélé le 8 août Marco Tedesco (université de New York), la fonte des glaces de mer et de la calotte terrestre a battu les records enregistrés en 2010, avec 8 semaines d’avance. Une annonce qui intervient quelques jours après la révélation, par la Nasa, que la quasi-totalité de la surface de la calotte glaciaire du Groenland montrait des signes de dégel [JDLE].
L’évocation des glaces de mer nous conduit tout droit à l’océan. Un milieu en piètre état, si l’on en croit le diagnostic posé par une dizaine de chercheurs de l’université de Santa Barbara (Californie). Dans un article paru le 16 août dans Nature, les scientifiques expliquent avoir évalué l’impact des activités humaines dans toutes les zones économiques exclusives de la planète. Les résultats de cet indice de la santé marine, pays par pays, ont été mis en ligne sur un site dédié. Globalement, les eaux françaises s’en tirent avec un score de 66 sur 100. Moins bien que le Canada (70), mais beaucoup mieux que la Chine (53) ou la Sierra Leone (36).
Eau, toujours, avec un rebondissement dans l’affaire du Belo Monte. Imaginé il y a une quarantaine d’années, le feuilleton de ce projet de barrage brésilien vient de connaître un nouvel épisode. Le 14 août, un magistrat du tribunal régional du Para a ordonné l’arrêt des travaux. Le juge Souza Prudente estime notamment que les Indiens de la région n’ont pas été consultés avant que ne débute la construction du troisième plus gros barrage hydroélectrique du monde (11.181 mégawatts), ainsi que le prévoit pourtant une loi de 2005. Des Indiens qui ont effectivement de quoi s’inquiéter. Une fois mis en eau, ce méga-barrage doit provoquer la formation d’un lac de retenu de plus de 400 kilomètres carrés.